La musculation en Rugby : comment organiser sa semaine pendant la saison

Planifier et programmer le travail de force pendant la phase compétitive d’une saison de Rugby peut devenir un vrai casse-tête, notamment à haut niveau. Je vous propose aujourd’hui un système simple, qui vous permettra de semi-individualiser le travail à partir de deux paramètres.

C’est un système que j’ai commencé à utiliser il y a 3 ans avec l’équipe de France de Rugby à XIII lors de la Coupe du Monde 2013, puis quelque mois plus tard avec les Dragons Catalans. Ce système a grandement évolué au cours de la première saison, puis s’est affiné lors des deux dernières. Pour le mettre au point, je me suis inspiré des travaux de Dan Baker et Ashley Jones, ainsi que de mes discussions avec Charles Poliquin, Patrick Lane et Keegan Smith.

Philosophie

Avant de commencer, il faut savoir que ma philosophie est tirée en grande partie des méthodes d’entraînement du Westside Barbell de Louie Simmons et de la Vertical Integration de Charlie Francis, j’utilise donc forcément une périodisation ondulatoire au sein même de mon micro-cycle. Afin de mieux comprendre mon système, il faut aussi savoir que je crée toujours 6 séances hebdomadaires. Ces séances sont appelées :

  • Membres supérieurs
  • Membres inférieurs
  • Séance mixte (ou Full body)
  • Efforts dynamiques lourds
  • Efforts dynamiques légers
  • Hypertrophie

Afin de déterminer le nombre et le type de séance que va effectuer chaque joueur, ainsi que les jours où les séances vont être effectuées, voici les deux paramètres que je prends en compte :

  1. Le turn around
  2. Le statut du joueur

Le turn around

Le turn around est le nombre de jours entre deux matches. A haut niveau, et bien souvent à cause des matches télévisés, les turn around peuvent aller de 5 à 10 jours, c’est à mon sens le paramètre le plus important à prendre en compte pour prévoir le nombre de séances et déterminer quels jours elles vont être mises en place.

Le statut du joueur

Le planning de chaque joueur est réactualisé 2 fois par semaine. Après chaque match, et jusqu’à l’annonce du squad pour le prochain, je classe les joueurs selon les 3 statuts suivants :

  • Sélectionné
  • Non sélectionné (ou ayant joué moins de 20 minutes)
  • Individualisé*

Lorsque le squad pour le prochain match est annoncé par l’entraîneur, je classe les joueurs en 2 groupes :

  • Sélectionné
  • Non sélectionné

Cela peut paraître simpliste, mais cela me permet de réactualiser rapidement le planning de chaque joueur tous les 3-4 jours.

Pourquoi 6 séances ?

Lorsque je réfléchis au prochain cycle d’entraînement, je n’ai qu’un seul paramètre de connu : le calendrier des matches. Je ne sais pas qui va les jouer, ni quel va être l’état de fraîcheur physique du groupe après chaque match. Je crée donc 6 séances différentes, les paramètres qui vont évoluer au fil des semaines pour chaque séance étant le nombre de séries, le nombre de répétitions et l’intensité. En général la sélection des exercices, la durée de récupération et le tempo ne varient pas.

L’idée de créer 6 séances tout en sachant que certains n’en feront que 2 et d’autres 4, va me permettre de pouvoir rapidement m’adapter au turn around, au statut du joueur, à l’état de fraîcheur physique et aux imprévus.

Organisation

Prenant en compte les deux paramètres précédents, je me réfère à mon tableau à double entrée pour déterminer le planning de la semaine :

ta

*Si le joueur bénéficie du statut « individualisé » il rentre alors dans un groupe où le travail va être individualisé au jour le jour en fonction de son état de forme. En général, ce groupe comprend les joueurs de plus de 30 ans, ceux ayant un profil à risque, où ceux ayant une petite blessure nécessitant une attention particulière et une modification du programme en fonction de leur ressenti journalier. Ces joueurs sont pris en main par l’un de mes assistants et l’un des kinésithérapeutes du club, il s’entraînent par petits groupes de 3 individus maximum, avec un programme individualisé. Certains joueurs sont dans ce groupe à l’année, d’autres y rentrent et en sortant en fonction des aléas de la saison.

Et chez les amateurs ?

Je vais peut être avoir des détracteurs mais je pense qu’un joueur amateur peut consacrer autant de temps qu’un professionnel à sa préparation physique. Bien sûr il faut prendre en compte certains paramètres, mais sachant que les entraînements et les matches sont moins nombreux et moins intenses, que les turn around sont plus réguliers (du dimanche au dimanche en général), et que les matches à l’extérieur restent dans un périmètre géographique raisonnable, je pense qu’en terme de nombre de séances de musculation, il ne devrait pas y avoir de grande différence avec les professionnels.

Je conseillerais donc 2 à 3 séances par semaine, les critères de sélection étant : le temps libre, la pénibilité du travail, l’âge d’entraînement, l’âge biologique, le nombre d’entraînements terrain avec l’équipe, la fraîcheur physique en début de semaine, la motivation, et le calendrier du championnat.

Fred Marcérou – 10/11/2016

4 commentaires

  1. Bonjour Fred,

    Merci pour cet article très intéressant !

    Je souhaite adapter cette planification pour du football. Pendant la trêve hivernale, est-ce qu’il est utile d’augmenter le nombre de séances de musculation ou plutôt de rester à 2-3 séances et d’ajouter 2 séances de « conditionnement » (vitesse, aérobie, etc.) ?

    Merci d’avance pour ta réponse et pour tes articles plein d’infos !

    1. Bonjour Ismaël,

      je dirais que tout dépend de tes objectifs et surtout de ce que tes joueurs ont besoin. Peut être prévoir 3 groupes ? Un avec l’accent sur la force, l’autre sur la vitesse, le dernier sur le conditionnement. Tu mets chacun de tes joueurs dans le groupe qui te paraît le plus judicieux.

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